[La nuit carnivore]

Extrait

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PREMIER SITE

La nuit s’était ouverte
épouvantablement

Nous guettions l’intrusion des mourants
Le lot de ces vieillards ne se fit pas attendre

L’heure était à la mort
Mais la mort mue si vite
et saturant le cri
fut reprise

Entre l’élan du geste et la voix
le drame vint

Dans un extrême halètement de l’espace
la profondeur du mystère s’accomplit

Et nos yeux de vivants
en furent éjectés

(Théâtre d’Épidaure)

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VILLE

Monde réanimé entre deux pans de colonnes
O l’empire lointain qui s’attarde

L’eau coule sous la ville
et nul ne l’entend

L’ombre du baptistère n’effraye pas le visiteur
dans sa course bestiale

Près du canal entre deux ponts
la peur veille

Les murs ne comptent plus le pas inaltérable de la mort

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NUIT

1

Macération
au creux de la nuit carnivore

Empreintes
et bris de sables lents

Il est ici une heure à traverser la terre
une heure de grands rochers
épars dans la masse de l’œil

2

D’abord je dirai la manne épaisse de la mer
La peau virulente des vagues        proches

Proche le rocher
et l’arbre dans la fissure

Et la nuit où courir

3

Je marche où la mer se dédouble
dans la symbiose obsessionnelle
du glissement et de la mort

4

O ta voix suffocante
Jusqu’au seuil des maisons
Matinale        la mer
et sous les meubles

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RAVENNE

1

Ravenne
lumière pâle et lourde
où la pierre a des pulsions de lointain

L’ombre juste a précisé son règne
face à la stratégie des tombeaux

Il est midi sur chaque pierre

Une distance ornée
une candeur précise

Le ciel éclate
contre les vagues de l’ornement

2

Jour alors        droit
jusqu’au bout de la tombe

Nuit des églises épaisses
où entrer

Si la pierre est béante
c’est que le voile est entr’ouvert
Et le caveau respire

Si la dalle repose tendue comme un drap frais
c’est que la lumière n’a pas encore assez pesé

3

La nuit soutient la pierre
jusque dans l’essence même de son grain

L’abside menace

L’ogive ne répond aux saillies de la lumière
qu’à travers des murmures d’albâtre

Qui soupçonne ici la fin du monde ?

___

L’ÉTENDUE

La nuit de front sous la futaie
étroite

La voix repart
Un chant se ferme

Comme une averse droite
le froid de l’espace descend

vers l’épissure obscure
plus bas
aux massacres de l’ombre

[…]

L’humidité obscène des éviers retombe
bénéfique

Tout le ciel a craché

___

1973

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