[La ville dort dans la pensée]

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La ville dort dans la pensée
Elle tressaille
Si loin
Jamais l’eau claire qui gicle de la bouche aplatie du rocher n’effacera la magie de la mer

Si loin
Dans la pensée
On ne mesure plus la distance
Seulement l’épouvante de l’éloignement

Si loin
La mer pourrait remonter jusqu’à ses bords anciens
Puisque la ville dort
Que nul n’y accorde aucune importance

Si loin
Le sommeil est conducteur
On entend distinctement des vagues
Elles vont déborder la ville
Presque la noyer

Si loin
Ce port cette mer
Devenus inexprimables
Rien à attendre de la pensée
Elle est trop lente

Si loin
La distance oblige à des efforts incertains
Triste est cette incertitude

Si loin
Prendre le premier train
Réduire brutalement la distance
Réapprendre à ne plus avoir honte de l’éloignement

Tombé si bas
Si loin
À l’opposé

La maladie
Sa diffusion sa dispersion
Ne faire autre chose autrement que s’opposer fermement

Trop de combustions
Tant de moyens du fait qu’ils agissent sont des moyens fautifs
Toutes les choses qui existent devenues limites
On ne peut plus rien franchir

Si loin
Dans le sommeil les liens sont lâches
Diverses sortes de paroles en quantités indéfinies
Et les mailles les filets les mots tressés à des peines trop vives

Si loin
Apparaissent des vies
Elles ne sont plus exquises
Mouvements figés
Plus jamais fluides

L’œil sans la compréhension des surfaces des axes des plans
Défait
Comme mort à son tour

La ville tremble dans le sommeil
Flexion
Corruption de la pensée par la distance

La ville n’existe plus
Le sommeil l’a dévastée
Et même s’il se retire

Si loin
Où poser son regard
Cette pensée est sans repères
La possibilité d’un horizon supposerait un courage que cette pensée ne porte plus

Si loin
À partir d’un point de vue unique et fixe et inhumain
On ne peut atteindre aucune rive
On peut mourir

Si loin
On ne demande plus mille choses à quelqu’un
On demande une seule chose à soi-même

Si loin
Dans la consternation de soi
Le déséquilibre
La maladie suprême
C’est-à-dire visible
Maladie venue d’une absence de lien
D’un éloignement prolongé de la mer

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Paru dans : La ville dort dans la pensée, dessins de Gérard Traquandi, Tarabuste, 1997
Revu en mai 2013

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