[Dix neuf lieux communs sur la photographie pour Balthasar Burkhard]

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1. Les instantanés sont la manifestation d’une volonté photo­graphi­que.

2. Ce qui touche dans les premières photographies, c’est leur moder­nisme étonnant.

3. La perfection en photographie consiste par exemple à pla­cer l’objectif en face d’une pyramide pour conju­guer l’équi­libre du trépied avec celui du monument.

4. Les meilleures photographies de voyage ne sont-elles pas celles qui témoignent du constat accepté d’un au­thenti­que choc culturel ?

5. La beauté d’une frondaison, le graphisme d’un pal­mier, la granu­lation d’une pierre empêchent par leur rigueur le dis­cours de se substituer à l’image.

6. Rien de plus secret, de plus ly­rique, de plus explosif, de plus actuel que le si­lence des noirs et la légèreté des blancs.

7. Cette vague roulante arrêtée dans son avance écu­meuse, comme pour soutenir les voiliers qui rythment l’hori­zon, ces corps étagés dans la perception rectan­gulaire d’une colline romaine, n’auraient pu exister sans l’extension pano­ramique du papier sensible.

8. Troublante est la volonté des photographes de vouloir bat­tre les peintres sur leur propre terrain.

9. Lorsque le format est agrandi dans l’une de ses di­mensions, il offre un supplément de regard en obli­geant à de savants cadrages et condamne impitoya­blement les images sans structure.

10. Certains corps que l’on croit connaître depuis toujours nous éton­nent lorsque une photographie nous les ré­vèle.

11. D’atroces bébés geignent sur des peaux de bête avant de fi­nir dans des albums de famille.

12. Lutte de l’ombre et des rails du tramway en butte à la régu­lière obstination des pavés.

13. Le rayon qui détache les arbres sur un fond neigeux en les éclai­rant de côté, le grain de brume qui estompe les prome­neurs : ces sublimes instants seront toujours photo­graphi­ques.

14. Peu importe le nom de celui qui a vu tout cela avant nous : la photographie nous parle et cela suffit.

15. Si la photographie n’a d’autre avenir que la carte pos­tale, c’est en soi un bel avenir.

16. Si la photographie n’était pas cette ostensible traduc­tion du réel, que serait-elle ?

17. Le centre de gravité du monde se déplace parfois dans la frange fragile et impalpable d’un reflet.

18. Les photographes projettent sur le monde les disso­ciations de leur narcissisme inquiet.

19. Après avoir vu le surgissement d’un corps nu, la ca­resse d’un rayon de soleil sur une peau blanche, on la le senti­ment que par la photographie une partie de notre rêve est devenue ac­cessible.

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Janvier 1988
Revu en mai 2013

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