[Bernard Marcadé, Hyber]

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9782081210257

Bernard Marcadé, Hyber, 2009

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L’essai de Bernard Marcadé, contribution majeure de cette opportune monographie, appartient à la catégorie des textes sur l’art qui incitent à la lecture et excitent son plaisir. « La vie à crédit », Biographie que le même auteur avait consacrée à Marcel Duchamp en 2007, procurait déjà un semblable contentement.

Marcadé ne philosophe pas : il se tient au plus près d’une œuvre qui manifestement le concerne et dont il commente avec conviction les multiples évolutions. Son approche rigoureuse sinon exhaustive prend largement appui sur les propos de l’artiste, abondamment cité.

Cette sorte de dialogue met en exergue l’authenticité, la lucidité et l’ingéniosité d’un projet, au sens d’un projet de vie, qui entend « mettre en place tous les moyens de multiplier la vie au-delà de la mort ».

Le moteur « libidinal » en est l’érotisme, « énergie qui parcourt, de façon diffuse et intégrée, toutes les pratiques et les comportements initiés et générés par Fabrice Hyber » (y compris, à quarante-quatre ans, l’abandon du « t » de son nom, « comme une véritable décision artistique », non comme « un quelconque maniérisme biographique »).

Fabrice Hyber est, à la lettre — Marcadé le montre impeccablement —, un artiste de son temps : « À l’abstraction générale de l’économie », il « oppose une pragmatique organisée autour des idées de production et de commerce, c’est-à-dire soucieuse de se situer au plus près de la circulation des idées, des matières, des corps et des désirs ».

Après l’épuisement des notions de contemporain, d’actuel, d’inactuel, Marcadé propose celle d’« impermanence » pour qualifier un process en forme d’« événement évolutif qui se transforme au fur et à mesure des circonstances ».

Hyber lui-même affirme que ses expositions « ne sont pas uniquement des lieux de contemplation, de consommation ou des lieux sensuels, mais les trois à la fois ». Sa pensée et sa pratique sont « mutantes », dans la mesure où elles remettent « perpétuellement en jeu et en cause [leurs] fondements ».

Deux textes complémentaires précisent d’autres aspects de cette œuvre atypique. Celui de Bart de Baere est consacré aux dessins appréhendés comme « centre de l’œuvre » : de cette pratique permanente et proliférante « naissent les projets les plus extravagants ». Les dessins « deviennent de grands desseins […] qui refont le monde, qui pourraient le réformer… »

Le témoignage de Pierre Giquel, ami de l’artiste et grand connaisseur de son œuvre, insiste sur « l’humour, l’ironie, la dérision, un goût pour la provocation, une indifférence au bon goût », qui « n’attirent pas que des sympathisants ».

Ce qui peut séduire — ou intriguer — l’amateur, c’est le « caractère imprévisible » d’un art systématiquement activé par le désir de mettre et de se mettre en relation, voire en danger.

La réussite de cette monographie est de désigner « tous les chemins possibles pour fluidifier les circulations ». L’ensemble donne parfaitement corps à la formule titre de Bernard Marcadé : « L’art, c’est toutes les possibilités du monde ».

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Paru dans : revue Critique d’art, n° 33, printemps 2009

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