[Jochen Gerz : anthologie de l’art]

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Jochen Gerz : Anthologie de l’art, Analogues, 2008

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« Dans le contexte actuel de l’art, quelle est votre vision d’un art futur ? » Comment ne pas avoir d’égard pour cette question éminemment prospective formulée par Jochen Gerz ? Un principe de cooptation des auteurs a permis, et c’est heureux, de réunir dans l’Anthologie de l’art trois cent douze contributions, cent cinquante-six images et un nombre équivalent de textes.

Cette vaste entreprise a été lancée — il faut l’avoir à l’esprit — simultanément aux événements du 11 septembre 2001. Il est donc ici question d’enjeux artistiques aussi bien que sociopolitiques. La question initiale n’a pas été seulement posée à des artistes, mais à des critiques et des théoriciens, façon de rappeler que l’art (des « producteurs du visible ») et le discours sur l’art (des « producteurs du lisible ») entretiennent des liens plus qu’étroits.

Certes les réponses des uns et des autres ne s’accordent pas forcément, mais ce sont les règles du genre ; et la pluralité des propositions, dans la mesure où se créent des relations inattendues entre les contributions, densifie la réflexion et ses perspectives.

Selon Gerz, tout peut faire (ou devenir) art et l’incontournable question de la fin de l’art est présente dans toute pratique. « Le seul projet utopique que l’on puisse développer (en littérature), écrivait-il par ailleurs en 1973, est de ne pas faire (de littérature) ». « Il faut […] nous habituer aujourd’hui, indique résolument l’artiste autrichien Peter Weibel, au fait que ce que nous nommons art ne répondra plus à des critères élitaires et sélectifs, mais à une capacité de stockage. »

La proposition artistique de cette remarquable Anthologie de l’art met en acte ce nouveau challenge tout en présupposant un art qui ne serait pas malgré tout épuisé, et manifesterait de nouveaux enjeux capables de se fonder ailleurs que dans le domaine strict de l’art. Que fait l’historien ? Il désigne ce qu’a été l’art. Que fait l’artiste ? Il envisage ce qu’il sera ou devra être ultérieurement.

La structure de l’Anthologie de l’art n’est pas sans rappeler une forme en réseaux « orientés vers le présent et non pas vers la tradition » (H. M. Enzensberger). L’ouvrage propose un vaste ensemble dynamique (une œuvre en quelque sorte), discursive et plurielle, qui met constamment en jeu et en péril sa propre organisation. C’est là sa réussite indéniable.

Le travail en amont s’est constitué sur Internet : la compilation rapide des contributions n’aurait pas pu se faire sans cet outil de communication incontournable. La publication explicite et documente cette expérience unique. La question du futur de l’art intègre bien évidemment l’imprévu et l’inconnu. Elle est souvent formulée dans ces pages d’une manière militante et virulente.

Au demeurant, cette Anthologie n’est pas un montage (au sens du montage de citations dont parlait Theodor Adorno), mais un puissant et salutaire processus de projection de l’art vers son futur.

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Paru dans : revue Critique d’art n° 33, printemps 2009

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