[Bernard Lamarche-Vadel : La bande-son de l’art contemporain]

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Bernard Lamarche Vadel, Conférence, Villa Arson, 1989

Critique d’art perspicace, Bernard Lamarche-Vadel fut d’abord un écrivain. Son projet, au sens d’un projet de sa vie, fut, fondamentalement et radicalement, littéraire. Son ambition était de parvenir, par l’écriture, « à produire une forme, un objet, qui aurait valeur d’œuvre d’art. » Entreprendre d’éditer post-mortem un choix de conférences d’un écrivain à ce point soucieux du style, et de la question du style, est audacieux. « Le choix a été fait, indique Joël Denot, maître d’œuvre de l’entreprise, de prendre des moments issus de différentes années afin de constituer un cycle d’une année “ idéale ” … » Quel traitement, quel usage, BLV aurait fait, de son vivant, des Conférences qu’il donna de 1991 à 1999 à l’Institut Français de la Mode ? Nous l’ignorons. Le CD joint à l’ouvrage nous restitue l’ampleur et la précision de son expression. BLV possédait en propre la faculté de s’adresser à « un public de non-spécialistes ». Il savait « se faire l’avocat du travail des artistes auxquels il croyait auprès de gens qui, par ignorance, auraient pu le condamner. ». De ce point de vue, l’initiative est crédible. Loin de l’austérité des discours universitaires, BLV rebondit opportunément sur l’incrédulité de ses auditeurs. À la question « Est-ce qu’on peut parler de duperie ? », il répond sans s’émouvoir : « Le principe de l’art a toujours été d’une certaine manière de duper ceux qui le regardent. » La force et l’autorité de son propos sont certes soutenues par son érudition, mais aussi et surtout par la relation de complicité qu’il sut avec passion, comme amateur et comme critique d’art, entretenir avec les artistes et les œuvres de son temps. Le chapitre intitulé « Le rôle de la critique » est un modèle de pédagogie inspirée. Se référant à un tableau d’On Kawara accroché au mur de sa propre salle de séjour, il déclare : « Dans l’émotion qui me porte, ce tableau, je crois, est l’équivalent d’un Renoir qui figurerait un crépuscule… ». Deux principes actifs fondent sa pensée et son discours : l’art est d’abord un « travail » (il convient de cheminer mentalement vers les œuvres), mais l’art est « aussi un texte » (les œuvres sont nourries des commentaires qu’elles suscitent). Partant des Impressionnistes, saluant les Fauves, puis les trois grands M (Malevitch, Mondrian, Matisse), BLV démontre que la « mission » des artistes est désormais de « représenter une totalité impossible à représenter ». L’œuvre s’est dématérialisée (émergence et pertinence de l’art conceptuel et minimal) et les institutions ont favorisé une « coexistence somme toute pacifique des styles ». Le parcours s’achève, à la fin des années 80, sur un double constat qui conserve toute son actualité : le postmodernisme est avant tout « un produit sociologique et signale la réussite des classes moyennes » ; les artistes vivent « comme des rock stars, et s’engagent dans un marché qui leur fournit des moyens équivalents à ceux des artistes qui font des disques. » Percutant et lucide, BLV conclut en s’excusant auprès de son auditoire : « Je vous donne quelques minuscules clés, dont j’ai honte d’ailleurs tant elles sont minuscules. »

Conférences de Bernard Lamarche-Vadel, La bande-son de l’art contemporain, IFM, Editions du Regard, 2005

Paru dans Critique d’art n° 27, Printemps 2006

 

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