[Ce qui est peint n’a d’objet véritable que la peinture]

2017 -122x95cm encre acrylique et peinture vinylique sur papier

Émilie Satre

Encre acrylique et peinture vinylique sur papier, 2017

122 x 95 cm

 

Pour l’édition 2018 de L’art dans les chapelles, Émilie Satre s’est vue attribuer l’espace des Bains douches de Pontivy (architecture vouée à aucun culte sinon — libre à nous d’en décider — celui du bain). Cette configuration particulière lui permet de poursuivre ses recherches sur le comportement du matériau, sur le format et sur l’échelle. La tentation d’augmenter les dimensions de l’œuvre procède chez les artistes, pas seulement américains, d’une volonté légitime. Émilie Satre avait testé des formats conséquents lors de son exposition à galerie Jean-Collet à Vitry en 2015[1]. Plus récemment, l’exposition Mur/Murs en Corée du Sud lui a permis d’envisager, selon ses propres termes, de « transmettre toute l’énergie du corps dans la peinture »[2]. Le dessin porte originairement en lui une interrogation sur ses possibilités. Chez Émilie Satre, il devient peinture — grâce à l’encre — et la peinture prend l’allure d’un environnement — par effet d’immersion —. Il en est ainsi des espaces picturaux dédiés à la contemplation, tel celui des Nymphéas de Claude Monet à l’Orangerie. Aucune partie de l’œuvre n’exerce de primauté sur l’autre, conformément au processus et aux exigences du all-over. Ainsi l’œuvre peut-elle produire l’illusion d’un « tout sans fin », d’une « onde sans horizon et sans rivage ». C’est précisément ce qu’incarne la notion de panorama, conçue comme étendue et comme spectacle, où « l’espace, selon le mot de Giacometti, prend la place du temps ». Dans ses Notes, Émilie Satre stipule : « Parfois laisser la forme peinte… s’étendre dans l’espace architectural et dialoguer avec sa structure, ses référents. Créer des espaces paradoxaux. Convoquer une mémoire du corps, creuser, ouvrir l’espace. » C’est ce qui est en jeu et ce qui s’incarne dans le dessin de Pontivy. La forme, et à travers elle le dessin, se quitte elle-même en quelque sorte. Ce n’est d’ailleurs plus vraiment d’une forme qu’il s’agit mais d’un organisme, un ensemble plus complexe qu’une image ou qu’une addition d’images. Vu la longueur du papier à peindre, celui-ci a été enroulé sur lui-même ; la matière liquide a été comme écrasée et des pigments métalliques sont tombés sur l’encre encore fraîche. Émilie Satre dessine comme elle peint et peint comme elle dessine : au-delà des motifs et de leur extension, ce qui est peint n’a d’objet véritable que la peinture.

Mai 2018

[1] Exposition des lauréats de Novembre à Vitry 2014

[2] Mur/Murs, la peinture au-delà du tableau, Musée d’Art Moderne de Gyeonggi, Corée du Sud, juin 2018

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