[In a landscape]

Projet d’exposition

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Inventer est un moyen comme un autre de connaître.
Ne jamais s’en remettre aux apparences.
Ne jamais s’inquiéter de comprendre.
Être là.
Et tout vous sera donné par surcroît.

Chris Marker (Le Dépays)

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In a landscape emprunte son titre à la pièce pour piano de John Cage (In A Landscape, 1948). En renouvelant la technique pianistique, Cage a su proposer à ses auditeurs un dépaysement à partir de sonorités inédites.

In a landscape se présente comme une proposition, certes consacrée au paysage, mais aussi au dépaysement, ou encore, selon le néologisme inventé par Philippe Lacoue-Labarthe, au « dépaysagement ».

Le « dépaysagement » a lieu lorsque n’existe pratiquement plus aucun repère, lorsque « le passage dans une extériorité inconnue semble accompli, sans la moindre indication de frontière ni trace de limitation ».

In a landscape a pour objet — et objectif — de faire entrer littéralement le visiteur dans un paysage, autrement dit de le désorienter (au sens de troubler, de déconcerter).

Il s’agit de dépayser le visiteur par un cheminement à travers les sonorités inédites de certaines images pour lui permettre, suggère Robert Adams, « de trouver une sorte de réconciliation avec le paysage ».

In a landscape n’est pas à proprement parler une interrogation sur le processus photographique lui-même, mais résulte d’un intérêt porté sur le sujet de la photographie (« ce qui se trouve devant l’objectif » dit encore simplement Robert Adams).

Devant une photographie dont le paysage est le sujet peut se développer cette « excitante sérénité » dont parlait Paul Cézanne.

Dans les images proposées, le sujet est explicitement construit. Il résulte de décisions, de règles ; il est le produit d’une syntaxe. Pour autant, son élaboration n’est pas le seul objet de la recherche des photographes conviés.

La construction facilite, au demeurant, la résolution du clivage « entre la vision et la forme, entre l’expérience des choses incertaines, ambiguës, et l’évidence du tableau » (Jean-François Chevrier).

Il s’agit donc bien de donner à voir des tableaux, au sens des Tableaux d’une exposition de Moussorgski. Autrement dit de proposer une déambulation non contrainte favorisant une lecture dépaysée de chaque œuvre.

Donner à voir des images comme « on éprouve un soulagement », un soulagement « presque enfantin » : « Mes images sont dans le monde », dit sobrement Craigie Horsfield, « elles ont un espace », « elles assument leur responsabilité vis-à-vis de leur sujet » et « ne reposent plus sur moi ».

Les images de paysage sont dans le monde depuis Niepce. La première photographie, que Niepce enregistra depuis la fenêtre de sa maison au Gras en 1826, fut en effet un paysage. Cette image est, selon la formule d’Ernst Gömbrich, le premier « portrait d’un site ».

In a landscape est aussi une somme de « portraits ». « Portrait », toutefois, ne s’entend pas ici au sens d’une description. Aucune des images proposées ne dépeint, ni ne décrit ; aucune ne représente un paysage : toutes l’inventent.

Inventé, le paysage ne refuse pas de séduire, même si ce n’est pas le désir de séduction qui a motivé sa réalisation. Un paysage inventé a un pouvoir, sinon de séduction, du moins d’attraction. C’est cette attraction (cette force d’attraction) que se propose de mettre en espace et de déployer In a landscape.

30 octobre 2009

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