[Ne pas écrire]

Nous n’aurions la connaissance de quelque chose, de l’écriture notamment, que pour autant que nous en aurions la pratique.

Est-il besoin de pratiquer la destruction pour la connaître ?

La destruction n’est-elle pas toujours une pratique au détriment de (au détriment des corps, de leur vie…) ?

La destruction ou ceux qui s’en approchent : ceux-là qui s’en sont approchés, qui s’en approchent encore.

Ne vous approchez ni de nous ni de nos livres !

C’est-à-dire : Ne vous approchez pas de nos vies !

Tout ce qui arrive par l’écriture, ils le veulent.

Tout cela ils le prennent.

Mais cela n’est pas à nous !

Cela est de la vie en nous !

Autant n’avoir la connaissance de rien.

Avoir la connaissance de quelque chose, c’est non seulement avoir la possibilité de supprimer ce savoir de quelque chose mais ce quelque chose aussi.

Ce quelque chose (un corps) qu’on détruit parce qu’on le connaît, parce que la connaissance qu’on en a insupporte.

Écrire est avoir à l’endroit de la destruction et de qui détruit une aversion.

Une aversion est le contraire d’un penchant.

Écrire est du côté du penchant.

Le penchant est une arme pour faire état de l’aversion de qui écrit à l’endroit de la destruction.

Écrire est complexifier.

Détruire est simplifier : est la simplification même (de la pensée, de l’écriture), dans le rapport de la pensée et de l’écriture à la vie.

Un livre ne s’écrit que pour autant qu’il hâte la complexité.

Il l’alimente.

Durablement.

Un livre s’écrit pour que de la complexité pénètre l’écriture, durablement.

La complexité n’a d’objet qu’elle même.

Elle ne s’entretient que d’elle.

Elle est une sollicitation d’elle-même indéfinie.

Elle s’inscrit et s’ensuit seule.

La complexité oscille.

Les oscillations de la complexité sont spécifiques.

Elles délimitent l’espace des questions centrales de l’activité d’écrire, et de l’inactivité d’écrire.

Ils voudraient aussi détruire l’inactivité, lorsque écrire ne s’écrit pas, reste en suspens, c’est-à-dire préserve l’écriture non comme acte mais comme intention ou penchant.

Excitation et incitation.

L’écriture lorsqu’elle ne s’écrit pas.

De ne pas s’écrire elle dure.

Ne pas écrire est durable.

Ne pas écrire durablement.

___

Extrait de : Choses seulement faites pour qu’on les regarde, ENd éditions, 2015

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s